Ce livre est la biographie d’une femme libre. Mais pas de n’importe quelle femme, ni à n’importe quelle époque : Germaine de Staël (1766-1817) a 23 ans au début de la Révolution. Les fonctions de son père Jacques Necker, ministre de Louis XVI, lui permettent de vivre de si près la chute de l’Ancien Régime qu’elle entre dans la vie adulte en même temps que naît la nation. Une femme se lance sur la scène du monde et s’affirme comme écrivaine au moment où le pays brise ses chaînes et revendique l’autonomie politique. Quoi de plus enthousiasmant ?
S’affranchir, malheureusement, ne se fait pas sans heurts. Germaine de Staël comme la nation française déclenchent des passions. Les obstacles s’accumulent contre elles, les haines fermentent et l’horizon du bonheur s’éloigne, quand il ne dégénère pas en violence. Comme si une femme qui pense, aime en dépit des conventions et met son talent au service de la république et du mélange des cultures était aussi scandaleux que le partage des richesses et du pouvoir. Faut-il se résigner ? Ou préférer la complexité du monde moderne à la nostalgie du passé ? Germaine de Staël, sans hésiter, choisit l’audace : l’attachement à toutes les formes d’indépendance, l’analyse lucide du présent et le désir d’élargir les frontières en dépaysant les esprits font partie de son existence. Ses romans (Delphine, Corinne ou l’Italie), ses essais (De la littérature) et ses textes politiques, à l’image de sa trajectoire, défient les convenances. Face à l’opinion, à Napoléon qui l’exile, aux ennemis des Lumières et au triomphe des égoïsmes, elle oppose une vie de courage et d’enthousiasme ; un savoir porteur d’espoir qui nous rappelle, aujourd’hui encore, le prix de la liberté et ce qu’il en coûte de la défendre.
Stéphanie Genand est professeure de littérature française du xvıııe siècle à l’université de Paris-Est-Créteil-Val-de-Marne. Elle a été, de 2015 à 2024, présidente de la Société des études staëliennes et directrice des Cahiers staëliens. Elle s’est intéressée à l’œuvre de Sade, dont elle a publié une biographie en 2018, et surtout à Germaine de Staël à laquelle elle a consacré de nombreux travaux : des rééditions (Œuvres complètes, derniers volumes de la Correspondance), un essai (La Chambre noire. Germaine de Staël et la pensée du négatif, 2016), une critique créative (Sympathie de la nuit, 2022) et une anthologie commentée (L’Abécédaire de Germaine de Staël, 2023).
